Malgré des dizaines d’auditions et un battage médiatique d’ampleur, la commission parlementaire lancée par Laurent Wauquiez n’a pas pu documenter le prétendu lien entre le mouvement de Jean-Luc Mélenchon et des organisations islamistes. Le rapport final se contente de compiler des accusations déjà connues.

Par Ilyes Ramdani, le 18 décembre 2025

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    22 days ago

    “Le mouvement LFI n’hésite pas, en s’inscrivant dans une logique victimaire, à s’en prendre à l’action des services de l’État.”

    Matthieu Bloch, député UDR, dans son rapport

    Il est toutefois difficile de trouver, dans le contenu des auditions et des conclusions, les traces de ces accusations. Le rapport compile des exemples utilisés à l’envi dans les multiples articles de presse et ouvrages sur le sujet : des partages sur les réseaux sociaux, des photos…

    « Certains élus nationaux ou européens [LFI] affichent une proximité, voire manifestent un soutien à des personnes connues pour propager l’idéologie islamiste ou condamnées pour apologie du terroriste », accusent les auteurs, citant les exemples de Thomas Portes ou de Rima Hassan.

    Un propos tenu par Antoine Guérin, préfet délégué pour la défense et la sécurité de la région Auvergne-Rhône-Alpes, est cité par les rapporteurs et les médias du groupe Bolloré comme un moment fort des auditions. « Deux députés LFI ont un discours anticolonial visant à victimiser l’islam et les communautés islamiques », y indique le haut fonctionnaire, mentionnant que ces deux élus « s’expriment parfois en arabe » et « instrumentalisent fortement ces sujets ».

    De façon plus surprenante, la formation dirigée par Jean-Luc Mélenchon se voit reprocher son opposition à la loi dite « séparatisme » en 2021 ou à l’action de l’État contre certains établissements confessionnels musulmans. « Le mouvement LFI n’hésite pas, en s’inscrivant dans une logique victimaire, à s’en prendre à l’action des services de l’État », peut-on lire dans le rapport. De la même façon, le soutien à la cause palestinienne est associé à une stratégie « clientéliste » et « électoraliste » qui a « conduit certains élus à prendre des positions inquiétantes, sinon dangereuses ».

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      22 days ago

      Des recommandations bien maigres

      Pour étayer son jugement, le député UDR Matthieu Bloch s’appuie sur les témoignages de Cédric Brun, un conseiller régional des Hauts-de-France qui a quitté LFI, et des journalistes du Point Erwan Seznec et Nora Bussigny, dont le nom est cité soixante-six fois dans le rapport. C’est cette même journaliste qui a révélé mercredi le contenu d’un rapport « saisissant » qui « établit officiellement la proximité entre des élus insoumis et des mouvements islamistes »… sur la base de plusieurs auditions, parmi lesquelles la sienne. La boucle est bouclée.

      En conclusion, le document dresse trente-deux recommandations dont la majorité n’a pas grand-chose à voir avec le sujet de son enquête, mais ressemble plutôt à un des innombrables rapports sur le séparatisme : l’une d’entre elles porte sur l’autorisation donnée par les préfets et préfètes de construire des mosquées, d’autres sur la dissolution des associations, le contrôle de leurs subventions, le gel des avoirs pour apologie du terrorisme, ou encore le port du voile lors des compétitions sportives…

      Sur le sujet du lien entre politiques et islamisme, quelques propositions émergent, dont l’applicabilité pose question : donner une existence juridique aux notions de séparatisme et d’entrisme islamiste, interdire aux ministres du culte de donner des consignes électorales dans un lieu de culte, encadrer les investitures données dans les partis politiques…

      Dans sa contribution ajoutée en annexe au rapport, LFI dénonce une commission d’enquête qui a atteint « des sommets d’absurdités inégalées », pensée comme « une commission d’inquisition politique » et « d’instrumentalisation grossière ». Le mouvement de Jean-Luc Mélenchon ironise sur l’audition de son chef de file, qui a tourné à l’avantage de ce dernier le 6 décembre : « Cette audition a cumulé plus de 30 millions de vues : l’un des meilleurs meetings que nous ait offert Laurent Wauquiez ! »